Durant les années 90, une bonne partie du cinéma de la marge trouve son inspiration parmi les minorités sexuelles. Films gays et lesbiens se trouvent alors projeté sur le devant de la scène. L'occasion de revenir sur le tout Queer!
Queer? New Queer Cinema? Késako? Si je vous dis
Poison de Todd Haynes (1991)... Non? Rien?... Ou
My Own Private Idaho de Gus Van Sant (1991)? Toujours rien? Et avec
The Living End (1992) ou
Totally F****ed up (1993) de Gregg Araki? Rien de rien? Bon, je vais vous éclairer.
Le dénominateur commun de ces films, réalisés au tournant des années 90, est l'apparition d'un nouveau concept. Ils endossent l'habit de porte-parole des minorités sexuelles, le New Queer Cinema, en gros!
C'est en 1992, que B. Ruby Rich, critique de cinéma et par ailleurs militante féministe et lesbienne, proposait de regrouper tout ces artistes sous l'étiquette de New Queer Cinema.
Un cinéma ouvertement gayAlors que les années quatre-vingt voient l'émergence d'un cinéma américain alternatif, l'apparition du grand Jim Jarmusch et la création de la grande messe du cinéma indépendant sur les pistes de l'Idaho (le Festival de Sundace). La décennie des 90's rime avec l'arrivée d'une génération de cinéastes ouvertement gays, dont les oeuvres suscitent l'attention parmis les esprits éclairés. De cette génération décomplexée, se distinguent particulièrement Stephen Frears ou James Ivory. On est en plein dans le New Queer Cinema.
Quelques médias déclarent comme déterminante, l'attribution du grand Prix du jury de Sundance au film
Poison en 1991. Simultanément, un circuit de festivals gays et lesbiens voit le jour, en grande partie grâce à la productrice Christine Vachon (immense figure du cinéma indépendant US). A elle seule, elle produira Haynes, mais aussi
Shortbus (2006), de James Cameron Mitchell, ou encore
Boys Don't Cry et j'en passe...
Le Queer tout-court!Selon un site bien informé, la naissance du Queer remonte à 1947 et un film gratiné.
Fireworks de Kenneth Anger, contourne le code Hays pour la première fois (code de moralisation du cinéma hollywoodien qui interdisait alors la représentation et même l'évocation de l'homosexualité). Une histoire de marins, de pissoires et d'éjaculations, signerait l'acte de naissance du Queer Cinema, prometteur!
Ils renversent les normesHurlant face à la domination hétéro, les cinéastes New Queer pensent également à la renverser. Pour cela, ils créent leur propre discours filmique, ouvrant sur de larges expérimentations et transgressions esthétiques.
La philosophe Judith Butler (une des têtes pensantes du mouvement) y reconnaît ce bouleversement des normes dans le film
Boys Don't Cry (Kimberly Peirce, 1999). Cette production, qui voit Chloë Sevigny s'envoyer en l'air avec Hillary Swank, révélera par ailleurs cette dernière au monde entier. Quelle ironie! Judith Butler disait donc sur cette production transgenre : "
Dirons-nous que Teena Brandon/ Brandon Teena avait des relations sexuelles straight avec sa petite amie? Ou s'agissait-il de rapports lesbiens? Mon sentiment est que leur sexualité met cette distinction en crise (...). D'une certaine façon, l'anatomie de Brandon est mise hors jeu (du moins certaines de ses parties), mais pourtant un corps est bien mis en jeu. Nous avons la poitrine bandée, le vagin qui n'est pas accessible, le godemiché qui entre et qui est, pourrions-nous dire, une sorte d'extension fantasmatique du corps - tout cela semble former une sexualité très masculine; mais sont aussi en jeu les lèvres, les bras, les cuisses et de nombreuses autres parties du corps. Il serait bien difficile pour nous de répondre à la question de savoir s'il s'agit de sexe gay ou straight." (extrait de Humain, inhumain - Judith Butler, 2005).
Le Queer Cinema, c'est un peu tout ça!Tiens, ça me rappelle
Elephant (2003). Cette année-là, Gus Van Sant gagnait la Palme d'Or à Cannes avec cette superbe production. L'ami Gus, signait-là un film totalement queer. Deux garçons qui s'aiment beaucoup sous la douche et qui finisse par tuer la moitié d'un lycée. Conserver l'unique inspiration de la tuerie de Columbia, comme message principal du film, mais passer à côté de la référence serait trop énorme... Mince... J'allais oublier
Psycho (inspiré film
La Corde d'Hitchcock) et sa scène de branlette (suggérée), ouch... sale film.
Gus Van Sant n'a jamais caché ses préférences sexuelles, mais ne s'est jamais affiché en porte-parole de son mouvement. Du récent
Milk au plus ancien
Mala Noche, sans oublier
Paranoid Park, tous porte la marque queer! Si, si! Andy Warhol, que l'on ne présente plus, fût un des précurseurs du mouvement!
Le cas Gregg Araki!Les productions d'Araki sont marqués par sa dénonciation du "génocide" qu'est le sida. De même, il opte joyeusement pour Tom Cruise, le Rock Hudson (acteur homo célèbre, également connu pour avoir la plus grande trique de l'ère Kennedy) des années 90, un geste peut-être un peu précipité, connaissant la destinée de celui qui est désormais porte-drapeau des scientologues.
Pour se faire une idée du style du monsieur, le plus grand nombre s'accorde à considérer
Totally F****ed up, comme son oeuvre phare! En résumé, le film offre un aperçu clair du style d'Araki. Film modeste, il s'impose comme un homo movie et saisit à merveille le désespoir émouvant des personnages, qui ne font rien d'autre que glander et regarder leur bouffe pourrir. L'entame du film laisse présager d'une sale fin, puisqu'il s'ouvre sur un article de journal traitant du suicide des jeunes homos...
N'hésitez pas à vous jeter sur ces chefs-d'oeuvres!
Y.